WOLKONSKY & MODERNO
Is there a life before death ?
 
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#3 Nice / jourdepaye

Prison. Chambre obscure où se projettent un extérieur, une liberté aérienne. Dehors, règne l’existence glorieuse de ce qui se réalise. La loi vous y prend dans sa lumière froide. Lumière de la raison républicaine. Lumière des lumières. Esprit de la Justice aveugle. Il y a deux mondes : Le grand extérieur avec ses villes et ses campagnes, sa vie pleine de potentialités et l’au-delà social de la prison, enfer de l’écart, de la marge, Adès privé de lumière, séjour invisible et sombre des morts. L’enfer et la prison ont en partage tout un vocabulaire d’isolement, de damnation et d’ombres.

Dans cette chambre obscure se forment et se déforment des images. La photographie, dans son essence est une passion du dehors. Elle saisit, prend, capture, arrête. C’est un pouvoir familier des opérations de contrôle, de sûreté. C’est une police du réel. La photographie néanmoins peut être subversive, « non lorsqu’elle effraie, révulse ou même stigmatise, mais lorsqu’elle est pensive » nous explique Barthes dans La chambre claire. Ce lieu invisible et sombre qu’est la prison est un site de production d’images, de fantasmes et de pensée. C’est le lieu d’émergence d’un point de vue qui capte et fixe la lumière de l’extérieur, à travers le moindre trou, la moindre fissure qui perce l’enceinte.

Ce qui fait l’étrangeté de ces sténopés réalisés par les prisonniers avec les moyens rudimentaires qu’autorise la cellule, c’est leur caractère de révélation. En définitive, que montrent-ils ? Des images de l’enfermement, visions furtives et spectrales de la prison ? Les fragments d’un quotidien intérieur ? La lumière du dehors qui traverse les murs et les esprits ? Quelque chose en effet se révèle de cet échange entre la lumière du dehors et l’obscurité du dedans, comme une image inversée, un négatif cultivant sa propre valeur. La révélation est à considérer ici dans sa double signification, puisqu’elle veut dire simultanément « écarter le voile » et « recouvrir d’un voile ». Dans leurs plis et le jeu presqu’infini de leurs transparences, ces sténopés, « véroniques » du monde carcéral, montrent et disent pudiquement la prison et ses ombres. Certains détails nous échappent. On est entre l’image volée et la fulgurance de l’apparition.

Dans la revue Creatis n°4, Roland Barthes écrit : « Une photographie ne vaut que si l’on désire (fût-ce dans le refus) ce qu’elle représente ». C’est même – ajoute t’il – « un bon critère pour savoir si une photo existe ou si elle est renvoyée à sa légion de clichés insignifiants. » Il ne  viendrait à personne de désirer ce que ces images montrent. C’est donc dans le refus que tout se joue ici. Refus de toute parole moralisante sur la vie derrière les barreaux. Refus d’une obscurité livrée à elle-même dans le deuil de toute lumière. Refus comme condition de la pensée et de la libération. Dans une sorte de retournement de la proposition finale du Tractatus logico-philosophicus, Wittgenstein n’aura de cesse de montrer ultérieurement que “ce que l’on ne saurait dire, on peut le montrer”. Dans le silence habité de ces images un peu miraculeuses, la parole manifeste et voile tout à la fois la pensée qui s’exprime et voit.

Moderno

 
MODERNO
 

Mon travail sous le nom de Moderno débute plus ou moins avec la fermeture de l'Ecole d'Art de Perpignan où j'ai enseigné pendant 15 ans. Le petit plus par rapport à Wolkonsky, c'est le son  avec la page radio moderno, qui retrace quinze ans d'experimentations. C'est aussi les lectures, le Book-jaying, de nouveaux testes, une philosophie de l'essai en art... Bref une renaissance personnelle, une réinvention de soi.

wolkonsky@hotmail.fr
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